Dugo­ba. Le Petit Cha­teau. Alek­sey Tyu­lyu­po

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Lé­cha Tyu­lyu­po est main­te­nant à Dugo­ba et fait de la mon­ta­gne. Il l'écri­rait lui-même, mais là-bas, l'In­ter­net est tel qu'il est censé exister, mais en fait, il n'existe pas vrai­ment. C'est pour­quoi Lé­cha m'a char­gé de publi­er deux ou trois mes­sages, en lui trans­met­tant les élé­ments à l'oc­ca­sion. C'est ce que je fais :0)) Le pre­mier mes­sage concerne une nou­velle ligne sur le Petit Cha­teau (4А) — des­crip­tion et réflexions sur le sujet....

Au prin­temps der­nier, un arti­cle est apparu sur «Ris­que» concer­nant le par­cours d'un nou­veau par­cours de dif­fi­cul­té 3Б sur le Petit Cha­teau — la mon­ta­gne la plus proche du cam­pe­ment de Dugo­ba. L'ex­pé­rience des ras­sem­ble­ments esti­vals a mon­tré que le par­cours s'est révé­lé très demandé.

Pour­tant, peu de gens savent qu'un par­cours de dif­fi­cul­té 4А a été éta­bli le long de la même paroi. Per­son­ne n'a eu l'idée de le par­cou­rir pen­dant les ras­sem­ble­ments de mai, si bien que je n'ai pas eu hâte de faire mon rap­port.

Il y a quel­ques jours, nous avons effec­tué la deu­xiè­me as­cen­sion et :

  • avons équi­pé les sta­tions avec des bou­lons.

Main­te­nant, on peut recom­man­der sans crain­te ce par­cours aux par­ti­ci­pants des ras­sem­ble­ments ayant une bonne pré­pa­ra­tion à l'es­ca­lade.

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D'abord la des­crip­tion, en­suite un peu de lyrisme. L'ap­proche du par­cours com­mence du cam­pe­ment de Dugo­ba — en mon­tant le long de la route. Avant le pre­mier pont, il faut tour­ner à gauche et mon­ter de 500 m sur un ver­sat enher­bé et boi­sé, en con­tour­nant les mas­sifs ro­cheux. L'ap­proche depuis le cam­pe­ment dure une heure et demie. La paroi com­mence à une alti­tude de 2800 m.

R0–R1, 40 m, 75°, IV. Le par­cours com­mence dans la par­tie droite de la paroi — sur des dalles en pente douce, en di­rec­tion d'une che­mi­née (à quelques mètres à gauche des pro­fonds sil­lons ver­ti­caux gris). Sta­tion sur une cor­ni­che.img-2.jpeg

La pre­miè­re lon­gueur de cor­de R1–R2 30 m 75° IV+ Depuis la sta­tion, pas­sage dé­li­cat vers la droite sur une petite cor­ni­che et une dalle, puis en di­rec­tion de la gau­che vers le haut, le long d'un large angle in­ter­ne.

R2–R3 35 m 75° V Pour­suivre le mou­ve­ment le long de l'angle in­ter­ne, sta­tion à gauche, sous un grand sur­plomb au cen­tre de la paroi.

Va­riante 1

R3–R4 30 m 75° V Le long de l'angle et des dalles, di­rec­te­ment au-des­sus de la sta­tion, en dé­tour­n­ant un sur­plomb, sor­tir au-des­sus du grand sur­plomb et ef­fec­tuer un tra­ver­sée vers la droite, sur une cor­ni­che.

Va­riante 2

R3­–R4 20 ­m 80­° V+ Depuis la sta­tion, le long d'une dalle vers la droite, fran­chir des angles en sur­plomb, puis, sur une dalle avec un re­lief dé­fa­vo­rable sous les points (il y a 1 bou­lon), se diri­ger vers la cor­ni­che au-des­sus du grand sur­plomb.

R4­–R5 45 ­m 85­° VI

Le long d'une dalle, vers le haut et la gau­che, en di­rec­tion d'une fis­sure — d'un sil­lon :

  • Pour l'as­su­rance, on peut plan­ter des pitons dans les ca­vernes.
  • La fis­sure mène à un court sur­plomb, qui se fran­chit di­rec­te­ment vers le haut (6b, bonne as­surance avec des co­ins et des pitons).
  • En­suite, la fis­sure se pour­suit et mène à une sec­tion moins in­cli­née avant la crête.
  • On peut éta­blir une sta­tion sur un ar­bre, der­riè­re un chan­ge­ment de pen­te.

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La der­niè­re lon­gueur de cor­de R5–R6 300 m 45° II–III

Le long d'une crête sim­ple et dé­gradée, se dé­pla­cer d'a­bord le long de la paroi, puis en di­rec­tion du som­met. La crête mène sur le che­min de des­cente, à 200 m en contre­bas du som­met.

En gé­né­ral, le par­cours s'est révé­lé très lo­gi­que, l'es­ca­lade suf­fi­sam­ment ré­gu­liè­re, avec une dif­fi­cul­té prin­ci­pale bien mar­quée sur la der­niè­re lon­gueur de cor­de. Mal­heu­reu­se­ment, nous n'avons pas pu at­teindre le point le plus haut de la paroi. Pour­tant, il s'est avé­ré que le re­lief per­met de grim­per même là où, vu d'en bas, appa­raît une paroi lisse. C'est pour­quoi nous vou­drions faire en­core une as­cen­sion — le long de l'arête droite ou des angles in­ter­nes com­pris entre les par­cours exis­tants de dif­fi­cul­té ЗБ et 4А. Ou plus exac­te­ment, nous vou­drions qu'une autre as­cen­sion soit réa­li­sée — si quel­qu'un d'autre la réa­lise, nous ne nous en of­fen­se­rons pas.)

Pour faci­li­ter l'orientation :

  • Voilà une pho­to gé­né­rale de la paroi.
  • Je vais en­core es­sayer de me his­ser sur le ver­sat op­po­sé dans les pro­chains jours, pho­to­gra­phier la paroi sous un angle moins ai­gu et mettre les pho­tos sur le site www.dugoba.com ↗.

Main­te­nant que l'es­sen­tiel a été dit, je me per­met­t­rai quelques ba­vard­a­ges sur les im­pres­sions que nous a lais­sées le par­cours et quelques ré­flexions sur la fa­çon de clas­si­fier de tels par­cours, de les équi­per, et en gé­né­ral, sur leur uti­li­té.

Pour ceux qui ne sont pas au cou­rant, Dugo­ba est un cam­pe­ment alpin du Pa­miro-Alaï, d'où l'on peut faire l'as­cen­sion de nom­breux som­mets in­té­res­sants frô­lant les 5000 mètres ou un peu plus. La mé­téo est en gé­né­ral assez clé­mente pour per­mettre les as­cen­sions les plus sé­rieuses du dé­but mai à la mi-octobre.

Pour­quoi un in­té­rêt ac­cru pour le mas­sif du som­met le plus proche du cam­pe­ment, d'une alti­tude infé­rieure à 4000 m ? D'une part, les nou­veaux par­cours sur le Petit Cha­teau per­mettent de com­pen­ser la fai­ble dif­fi­cul­té tech­nique de la plu­part des par­cours de la ré­gion. Par exemple, le ca­ma­rade avec qui nous avons réa­li­sé la deu­xiè­me as­cen­sion de la qua­triè­me dif­fi­cul­té sur le Petit Cha­teau, avait fait l'as­cen­sion de la dif­fi­cul­té 5Б sur le pic des Kon­struk­t­eu­rs. Eh bien, là-bas, sur la cin­quiè­me dif­fi­cul­té, ils ont es­ti­mé la dif­fi­cul­té maxi­male de l'es­ca­lade à 6А. Inutile de par­ler des par­cours plus si­mples.

C'est bien quand les al­pi­nistes de troi­siè­me ni­veau :

  • ap­pren­nent sur des som­mets élo­ignés et exi­geants,
  • par­courent des ki­lo­me­t­res de glace et de ro­cher de ca­té­gorie III–IV.

C'est seule­ment sur eux qu'on peut ou­blier com­ment uti­li­ser deux Ju­mars, puis s'imaginer que le ni­veau d'es­ca­lade 5c on­sight dans les mon­ta­gn­es est suf­fi­sant.

En gé­né­ral, je consi­dè­re les par­cours sur le Petit Cha­teau comme ab­so­lu­ment atypiques pour l'en­semble de la ré­gion, et c'est, en tout cas, à sa­lui­ter. Surtout qu'ils sont proches, on peut tou­jours les lais­ser pour les jours de mau­vais temps : les pluies di­luviennes sont très ra­res à Dugo­ba, mais de temps en temps, des nu­a­ges s'amas­sent, ren­dant les par­cours élo­ignés peu at­tra­yants.

Je vou­dra­is en­core di­re ce que je ne vou­drais pas voir dans l'avenir pour ces par­cours.

Pre­miè­re­ment, je vou­dra­is de­man­der de :

  • ne rien pour­suivre là-bas
  • ne pas mar­quer à la pein­ture

L'ab­sence de bou­lons sur la dif­fi­cul­té prin­ci­pale n'est pas for­tuite. Moi-même, quand je l'ai grimpée pour la pre­miè­re fois, j'ai ap­por­té avec moi un per­fo­ra­teur et quelques bou­lons — tout sem­blait très mo­no­li­thi­que, mais il s'est avé­ré qu'il est fa­cile et agréable de s'as­su­rer avec ses propres points.

Si on en­sei­gne de fa­çon sta­tion­naire, le par­cours per­dra beau­coup. Sur les sta­tions, un bou­lon a été plan­té (10 mm de dia­mè­tre, un peu plus de 100 mm de lon­gueur), sur cha­cun — en cas de des­cente im­pré­vue. En outre, sur l'avant-der­niè­re lon­gueur de cor­de, dans le seul en­droit avec une as­surance pro­b­lé­ma­ti­que, un bou­lon a été plan­té en tant que point in­ter­mé­diaire.

Je note que le par­cours a été par­couru deux fois sans bou­lons, ceux-ci ont été plan­tés près des sta­tions éta­blies par le lea­der sur ses propres points. À mon avis, c'est la va­riante op­ti­ma­le pour l'ap­pren­tis­sa­ge, per­met­tant :

  • d'or­ga­ni­ser les sta­tions en toute sécu­ri­té
  • en cas de pro­blè­me — d'ab­an­don­ner le par­cours

En prin­cipe, pour un des­cend­re en rap­pe­lant, une cor­de de 60 m devrait suf­fire pres­que par­tout. Pour­tant, il est dé­con­seil­lé de pré­voir la des­cente sur le che­min de la mon­tée.

En­suite, le su­jet de la mar­que des di­rec­tions sur les par­cours à la pein­ture, à mon avis, né­ces­si­te une dis­cus­sion à part. Oui, les groupes qui cherchent des cin­quiè­mes dif­fi­cul­tés sur des de­uxiè­mes dif­fi­cul­tés — sont des four­nis­seurs per­ma­nents de per­son­nes bles­sées. C'est pré­ci­sé­ment pour­quoi l'orientation sur le par­cours est une ha­bi­le­té ex­trê­mement im­por­tante pour un al­pi­niste, et où l'ac­qué­rir, si ce n'est sur les parois vi­sibles du cam­pe­ment ? Au bout du compte, en cas de doute, on peut tou­jours lais­ser la ra­di­o al­lumée et pro­fi­ter des conseils du pu­blic qui ob­serve. Et c'est... la der­niè­re chose, mais pas la moins im­por­tante.

Je ne vou­drais pas que les par­ti­ci­pants aux ras­sem­ble­ments obtiennent en masse leur di­plôme sur le Petit Cha­teau. Après tout, pour les par­cours tech­ni­ques sur ro­cher, il faut al­ler en Cri­mée ou à Erga­ki.

Ici, il y a des mon­ta­gn­es beau­coup plus in­té­res­santes, et cette sai­son, nous allons en­core cer­tai­ne­ment faire des pre­miè­res as­cen­sions et vous en par­le­rons dans le ca­d­re du pro­jet « Les Som­mets So­li­taires de Dugo­ba ».

P.S. Avant-hier, ce par­cours a été par­couru par un groupe de de­uxiè­me ni­veau : les re­marques sont très po­si­ti­ves. Ils disent que le par­cours cor­res­pond à la dif­fi­cul­té, voire qu'il frô­le la dif­fi­cul­té 4Б. Mais qu'il reste 4А — la dif­fi­cul­té tech­nique est com­pen­sée par la fai­ble lon­gueur et alti­tude.

Et en­core : un grand mer­ci à l'ad­mi­nis­tra­tion du cam­pe­ment alpin de Dugo­ba, qui m'a don­né la pos­si­bi­li­té de m'oc­cu­per de la des­crip­tion des par­cours dans l'une de mes ré­gions mon­ta­gna­res fa­vo­ri­tes, et à la so­cié­té Camp, qui a four­ni le ma­té­riel pour cette ac­tion.

Sources

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