D.B. Charachénidzé
Centre du grand triangle de la paroi Nord
(Rapport sur la première ascension)
Capitaine de l'équipe MS URSS Charachénidzé D.B. Entraîneur de l'équipe MS URSS Kartvelichvili G.I.
Tbilissi – 1976
Plan tactique de l'ascension
Le plan tactique a été élaboré en tenant compte des spécificités de la région, caractérisée par des conditions météorologiques complexes. La reconnaissance a confirmé que l'itinéraire est une paroi monolithique de grande inclinaison, avec pratiquement aucun endroit pour installer une tente. La tactique de parcours de cet itinéraire devait donc être radicalement différente, car les bivouacs suspendus pendant une longue période d'ascension épuisent fortement les forces de l'alpiniste.
Les principales difficultés présentées par la paroi se résumaient comme suit :
- Transport des charges sur l'itinéraire.
- Organisation de bivouacs sûrs et sécurisés sans tente.
- Complétion de l'équipement et équipement des participants.
- Choix de la quantité optimale de produits alimentaires et d'équipement.
- Liaison entre les cordées.
Pour le transport, un treuil avec un câble de 120 m de long a été conçu, qui s'est avéré efficace. L'avantage par rapport au tirage manuel s'est particulièrement fait sentir sur les longues sections de l'itinéraire (100–110 m).
Un ensemble riche de pitons, de hamacs, de plateformes et de « zdarka » a assuré l'organisation de bivouacs sûrs et sécurisés.
D'après l'expérience des ascensions précédentes de caractère similaire, nous savions que le succès dépendait en grande partie du choix correct de l'équipement et des produits alimentaires. Une attention particulière a été accordée à la détermination de leur quantité optimale, ce qui permettrait de réaliser l'ascension à un rythme élevé, facteur de succès, notamment dans les régions à conditions météorologiques instables.
Composition de l'équipe
| № | Nom, prénom, patronyme | Année de naissance | Nationalité | Catégorie sportive | Titre d'instructeur | Meilleures ascensions des saisons précédentes |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1. | CHARACHENIDZE Dmitri Borissovitch | 1937 | Géorgien | MC | instructeur | Bodbona par la paroi Ouest — 6B cat. dif. et 15 ascensions 5A cat. dif. |
| 2. | KARTVELICHVILI Givi Irakliévitch | 1936 | Géorgien | MC | instructeur | Ouchba Sud par la paroi Nord-Ouest — 6B cat. dif., Bodbona par la paroi Ouest — 6B cat. dif. et 10 ascensions 5A cat. dif. |
| 3. | BAKANIDZE Durmichkhan Grigorievitch | 1937 | Géorgien | MC | instructeur | Chatyn par le « losange » — 6B cat. dif., Ouchba Sud par la paroi Nord-Ouest — 6B cat. dif., Bodbona par la paroi Ouest — 6B cat. dif. et 26 ascensions 5A cat. dif. |
| 4. | TCHITCHINADZE Mourad Grigorievitch | 1948 | Géorgien | MC | – | pic de la Komacadémie — 6B cat. dif., Ouchba Sud par la paroi Nord-Ouest — 6B cat. dif. et 11 ascensions 5A cat. dif. |
| 5. | LOUKACHVILI Tariel Chalvovitch | 1942 | Géorgien | CMS | instructeur | Chatyn par le « losange » — 6B cat. dif., Ouchba Sud par la paroi Nord-Ouest — 6B cat. dif., Bodbona par la paroi Ouest — 6B cat. dif. et 16 ascensions 5A cat. dif. |
| 6. | ZOUMBADZE Guiorgui Chalvovitch | 1940 | Géorgien | CMS | instructeur | Bodbona par la paroi Ouest — 6B cat. dif. et 9 ascensions 5A cat. dif. |

Parcours de l'itinéraire jour par jour
Jour un. 24 juillet 1976
Temps clair. À 3h00, l'équipe quitte le camp de base supérieur situé sur la moraine gauche (orographique) du glacier Djigit. En traversant le glacier, nous commençons l'ascension par une pente de neige et de glace creusée de crevasses. En 2 heures 45 minutes, nous arrivons au camp d'assaut où se trouvent notre tente, les vivres et l'équipement destinés à l'ascension. Nous prenons une partie du chargement et nous dirigeons vers le haut. Devant nous, une paroi verticale de glace que nous contournerons par la droite. Après avoir parcouru 60 m, nous atteignons le bas du sérac. Après l'avoir franchi relativement facilement, nous arrivons sur une pente de neige et de glace d'une inclinaison d'environ 35° (« deuxième barrière » du glacier). La pente est parcourue simultanément. 150 m plus loin, nous sommes au sérac supérieur qui borde la paroi de glace. Le chemin est barré par une paroi de glace de 7 m de haut (R0–R1). Ici, la cordée Charachénidzé, Loukchvili et Zoumbadze laisse son chargement et retourne en bas, au camp d'assaut, pour prendre le reste des vivres et de l'équipement. La cordée Kartvelichvili, Bakanidze et Tchitchinadzé traite la paroi de glace. Bakanidze ouvre la voie. À 11h00, le temps se gâte. Grésil. Bakanidze atteint une pente de glace de 120 m de long et d'une inclinaison de 65° (R0–R2). Les sacs sont hissés à l'aide d'un câble. À 18h00, nous sommes tous sous le premier bastion. Les premiers mètres nous font comprendre la nature de l'ascension. Rochers monolithiques avec une inclinaison de 80°. Impossible d'installer une tente. Le temps se dégrade fortement. Nous accrochons la tente aux points d'ancrage et nous nous installons tant bien que mal dans les hamacs à quatre. Deux d'entre nous, Zoumbadze et Tchitchinadzé, en raison du manque de place, passent la nuit dans les hamacs 15 m plus haut. Grésil. Vent. Il est 18h00.
Jour deux. 25 juillet 1976
Toute la nuit, le grésil tombe. Vent. Le matin, le vent faiblit, mais les chutes de neige sont fortes. La visibilité est mauvaise. La neige cesse de tomber à 12h00. Le ciel se dégage. En bas, sur la pente de neige, nous voyons un groupe de « Zénit » qui, sous la direction de V. Jourdzine, suit l'itinéraire de A. Riaboukine de 1965. La cordée Zoumbadze—Tchitchinadzé se met en route. Devant, Zoumbadze. Les rochers sont lisses et solides. On utilise une plateforme et des échelles. Les premiers 50 m, la paroi est lisse. Puis, un mur de 7 m avec un surplomb (105°) qui devient vertical (15 m). Les sections verticales alternent avec des sections d'une inclinaison de 80–85°. Zoumbadze est un excellent grimpeur, mais même en chaussures spéciales, il a du mal. En sept heures et demie, nous avons parcouru 125 m (R2–R10). Le temps se gâte fortement le soir. Le premier de cordée fixe la corde, et la cordée descend vers le bivouac précédent. Il est 19h00, neige. Grésil.
Jour trois. 26 juillet 1976
La nuit, le temps est calme, mais le matin, il se dégrade à nouveau. À 15h00, le ciel se dégage. Trois alpinistes, Charachénidzé, Kartvelichvili et Zoumbadze, montent en suivant les cordes fixes. Il est impossible de passer la section traitée aujourd'hui à six. Le dernier de la cordée arrive au bout de la corde à 21h00. À la lumière des lampes frontales, sous un surplomb, nous organisons un bivouac suspendu par mauvais temps. Trois alpinistes s'assoient sur les sacs suspendus, serrés les uns contre les autres. Les jambes sont dans un hamac. Il est 20h00, vent. La deuxième cordée passe la nuit en bas, au bivouac précédent.
Jour quatre. 27 juillet 1976
Mauvais temps. Nous nous mettons en liaison radio avec la cordée inférieure. Il est impossible de continuer.
Jour cinq. 28 juillet 1976
Mauvais temps. Beaucoup de neige est tombée.
Jour six. 29 juillet 1976
Le mauvais temps continue. Vent. Neige. Même pour les conditions du Tian Shan, le temps est inhabituel. Nous sommes en contact radio avec la cordée inférieure. Tout va bien. L'ambiance dans le groupe est bonne, le moral est élevé. Parfois, le vent faiblit. À travers le brouillard diffus, en bas, sur la pente de neige, nous voyons le groupe « Zénit ». Ils quittent l'itinéraire. À 12h00, nous sommes en contact avec les observateurs. On nous transmet le texte d'un télégramme daté du 28 juillet 1976, signé par le représentant du Comité des sports V.I. Volchenko et le juge adjoint de la compétition V.G. Lazebny, nous proposant de quitter l'itinéraire en raison du mauvais temps, avec la possibilité de reprendre l'ascension plus tard. Une situation inhabituelle ! Après l'ascension, nous avons appris que la raison en était le mauvais temps exceptionnel et les prévisions météorologiques défavorables pour la semaine suivante. Nous exprimons notre gratitude à V.I. Volchenko et V.G. Lazebny pour la proposition, mais après avoir évalué nos capacités, nous décidons de ne pas quitter l'itinéraire. À 16h00, le vent faiblit. La cordée inférieure laisse un premier cairn et commence l'ascension. Les cordées supérieures aident à hisser les sacs. À 21h00, nous sommes tous réunis. Le bivouac est suspendu.
Jour sept. 30 juillet 1976
Mauvais temps. Neige. Grésil. On sent que nous sommes dans une période de mauvais temps prolongée. Nous décidons d'utiliser chaque courte période de beau temps pour avancer. Une heure, une demi-heure... Peu importe, mais nous ne nous attendons pas à pouvoir installer une tente. Nous allons donc bivouaquer individuellement, pourvu que nous puissions avancer.
À 13h00, le vent faiblit. Chutes de neige. La cordée Bakanidze—Loukachvili se met en route. Devant, Bakanidze. Directement depuis le bivouac, un surplomb de 8 m avec une inclinaison de 115°. On utilise des échelles et une plateforme. Ensuite, 20 m de paroi avec une inclinaison de 85°. Au-dessus de la paroi, un traversée vers la gauche (5 m) mène à une verticale de 7 m. Puis, une petite plateforme inclinée (30°) de 1,5×0,4 m. Bakanidze reçoit Loukachvili. Au-dessus de la plateforme, une paroi de 5 m avec une inclinaison d'environ 100° surplombe. À cet endroit, la paroi verticale rejoint l'extrémité gauche d'un grand surplomb en forme de fer à cheval. Devant, Loukachvili. Il franchit la paroi en surplomb. Il est 20h20. En sept heures, nous avons parcouru 40 m (R10–R14). Loukachvili fixe la corde et descend jusqu'à la plateforme. Bakanidze retourne au bivouac précédent, tandis que Loukachvili organise seul un bivouac suspendu dans un hamac au-dessus de la plateforme.
Jour huit. 31 juillet 1976
Le matin, le temps est variable. À 7h30, le vent faiblit et les chutes de neige cessent. Temps couvert. La cordée Bakanidze et Tchitchinadzé monte en suivant les cordes fixes. Devant, Tchitchinadzé. Il franchit une dalle de 22 m avec une inclinaison de 85°. Cette section est parcourue en escalade libre. L'escalade est très difficile. La dalle se termine par un mur de 5 m avec un surplomb (105°). On utilise une plateforme et des échelles. Ensuite, une paroi de 25 m avec une inclinaison de 80°. Tchitchinadzé demande qu'on lui envoie des chaussures spéciales et des pitons. Nos « dispatchers » Kartvelichvili et Loukachvili préparent un ensemble de pitons approprié et les attachent à une cordelette avec les chaussures spéciales. Tchitchinadzé les hisse jusqu'à lui. Malgré le froid, il est obligé de changer ses bottes à crampons contre des chaussures spéciales, car les crampons glissent sur le granit lisse. La grande inclinaison garantit l'absence d'accumulation de neige et de grésil tombés ces derniers jours en grande quantité. Les fissures sont larges, parfois recouvertes de glace. Il faut chercher soigneusement les endroits pour planter les pitons, bien que le grand nombre de pitons disponibles facilite les choses. Ensuite, l'inclinaison augmente jusqu'à 85°. Les prises sont petites mais suffisamment solides. Tchitchinadzé franchit donc le mur de 15 m relativement rapidement (1 heure). Ensuite, un mur vertical de 8 m et 15 m avec une inclinaison de 85°. La paroi se termine par une section en surplomb de 2 m (95°) qui mène à une plateforme inclinée recouverte d'une fine couche de glace (45°). Après la plateforme, une paroi de 15 m avec une inclinaison de 75°. Puis, une verticale de 12 m. Elle rejoint des rochers recouverts de glace de fonte. La glace gêne considérablement le passage de cette section de l'itinéraire, malgré une inclinaison relativement faible (70°) (R14–R24). À 20h00, quatre alpinistes — Tchitchinadzé, Bakanidze, Kartvelichvili et Loukachvili — organisent un bivouac assis. Deux alpinistes, Charachénidzé et Zoumbadze, n'ont réussi à atteindre que la plateforme et organisent un bivouac suspendu. Sur le bivouac précédent, nous laissons un deuxième cairn. Le temps se dégrade définitivement. Vent fort. Grésil.
Jour neuf. 1er août 1976
La nuit précédente a été très difficile. Le mauvais temps n'a pas permis de dormir. Au matin, la force du vent diminue, bien que la neige continue de tomber jusqu'à 11h00. À 11h30, deux alpinistes, Charachénidzé et Zoumbadze, démontent le bivouac inférieur et montent en suivant les cordes fixes jusqu'à la première cordée de quatre. Entre-temps, Kartvelichvili et Tchitchinadzé ouvrent la voie plus loin. L'itinéraire passe d'abord par une pente de neige et de glace (60°) de 10 m de long, puis par un couloir raide (80°). Le couloir est obstrué au milieu par un énorme bloc rocheux qui est contourné par la droite. Après le couloir, une pente de glace de 20 m. Ensuite, un mur vertical de 5 m qui mène à une pente de glace sous une falaise rouge en forme de tente (R24–R27). C'était le seul endroit où nous pensions installer une tente. Cependant, les premiers coups de piolet dans la glace nous déçoivent. Sous la fine couche de glace, nous découvrons des dalles de granit monolithiques inclinées. Impossible d'installer une tente. Il est 15h00. Kartvelichvili et Tchitchinadzé descendent au bivouac précédent. Le bivouac est assis pour quatre, et deux alpinistes sont dans des hamacs. La nuit, le temps est clair. Pour la première fois depuis ces 9 jours, nous voyons l'Issyk-Koul et, éclairé par des lanternes, Prjevalsk.
Jour dix. 2 août 1976
Mauvais temps. Vent. Neige. À 11h20, le ciel se dégage. Tchitchinadzé monte en suivant les cordes fixes. Depuis la falaise rouge, on suit une pente de glace avec une inclinaison de 65°. La glace alterne souvent avec des îlots rocheux recouverts d'une fine couche de glace, ce qui rend la progression en crampons très difficile. Ainsi, cette section est parcourue en utilisant des échelles. À 20h00, la cordée de quatre — Kartvelichvili, Tchitchinadzé, Zoumbadze et Loukachvili — organise un bivouac suspendu sur des rochers (R27–R28). Deux alpinistes, Charachénidzé et Bakanidze, restent au bivouac précédent. Nous avons parcouru 14 m ce jour-là. Le temps commence à se dégrader. Vent fort la nuit.
Jour onze. 3 août 1976
Le matin, le temps s'améliore. À 9h00, deux alpinistes, Charachénidzé et Bakanidze, montent jusqu'à la première cordée de quatre. À 11h00, ils rejoignent les autres. Entre-temps, Zoumbadze et Loukachvili ouvrent la voie plus loin. Par des rochers verglacés, nous atteignons le pied d'une paroi. L'inclinaison de la première paroi est de 85°, et sa longueur est de 25 m. Au-dessus de la paroi, il y a un endroit pour un bivouac assis. Zoumbadze et Loukachvili continuent à ouvrir la voie. Il est 17h00. Les autres commencent à organiser un bivouac. À 20h00, Zoumbadze et Loukachvili descendent auprès des autres, et pour la première fois depuis 4 jours, nous sommes tous réunis. Le bivouac est assis (R29–R30).
Jour douze. 4 août 1976
Le matin, le temps est clair. À 8h00, Zoumbadze et Charachénidzé montent en suivant les cordes fixes. La paroi, juste après le bivouac, est verticale (20 m). Ensuite, on trouve des rochers monolithiques avec une inclinaison de 80° et une longueur de 85 m. Parfois, sur cette paroi, on rencontre des taches de neige. L'inclinaison augmente progressivement, et la paroi se termine par une section en surplomb. L'inclinaison de cette section est d'environ 110°, et sa longueur est de 15 m. Le temps commence à se dégrader progressivement. Un surplomb mène à une paroi verticale de 50 m. À droite, on voit un couloir de glace vertical où sifflent des pierres qui tombent (R30–R34). Devant, Zoumbadze. Derrière lui, Tchitchinadzé et Charachénidzé montent en suivant les cordes fixes. Il est 19h00. Le temps se dégrade fortement. On pourrait organiser un bivouac suspendu au-dessus de la paroi, mais on n'aurait pas le temps de hisser les trois sacs. La détérioration brutale du temps force la cordée supérieure à descendre immédiatement. Nous perdons 65 m de dénivelé, parcourus avec tant de difficulté ! En bas, sous le surplomb qui nous protège un peu du grésil, quatre alpinistes organisent un bivouac suspendu. Deux alpinistes passent la nuit 10 m plus bas. Vent fort. Froid. Il est 19h30 (R32–R33).
Jour treize. 5 août 1976
Toute la nuit, le grésil tombe. Vent. Le matin, à 12h00, le vent faiblit, mais la neige continue de tomber. Attendre l'amélioration du temps signifie perdre du temps, car plus haut, un bivouac assis est garanti. Ainsi, sous la neige, toute l'équipe monte en suivant les cordes fixes. La progression est extrêmement gênée par la fine couche de glace sur la corde fixe. Il faut constamment casser la glace sur la corde. Le descendeur se coince lors de la progression. Nous traversons le début du couloir de glace vers la droite et rejoignons une crête de neige et de glace (R33–R34). Pour la première fois en 13 jours, nous pouvons installer une tente, bien que la préparation de la plateforme prenne beaucoup de temps et d'énergie. Il est décidé de passer la nuit à six dans une « pamirka », où il fait certes très à l'étroit, mais chaud. Dans la tente, il fait très serré, et donc, en fait, ce bivouac s'est avéré assis. Le temps se dégrade fortement. Le vent atteint une force colossale et, vers 4h00 du matin, déchire notre tente. La neige tombe directement sur nous (R33–R34).
Jour quatorze. 6 août 1976
Le matin, le vent faiblit. À 7h30, la cordée Loukachvili—Kartvelichvili se met en route. Une crête de neige et de glace avec une inclinaison de 45° et une longueur de 25 m mène à un mur vertical de 25 m. Ensuite, on trouve un contrefort rocheux avec une inclinaison de 70°, qui augmente progressivement jusqu'à 75–80°. Puis, une pente de neige et de glace mène à une paroi en surplomb. Le long du bord de la pente de glace et de la paroi, on traverse vers la gauche sur 10 m, et, par un mur vertical de 50 m, on atteint une plateforme étroite et inclinée. Ensuite, l'inclinaison diminue jusqu'à 75°. Après avoir parcouru encore 45 m, nous atteignons un mur vertical et organisons un bivouac suspendu en dessous (R34–R41). Il est 20h00. Temps couvert.
Jour quinze. 7 août 1976
Le matin, le temps est clair. Sans nuages. Enfin, nous pouvons apprécier la beauté du paysage d'Issyk-Koul. La proximité de la fin de la paroi nous donne du courage. Il faut admettre que les intempéries des jours précédents nous ont fatigués. Avec le beau temps, nous espérons atteindre la crête aujourd'hui. À 8h30, Kartvelichvili et Loukachvili se mettent en route. Kartvelichvili franchit un mur vertical de 20 m. Ensuite, l'inclinaison diminue légèrement (80°). Malgré la grande inclinaison, la texture des rochers permet de progresser relativement rapidement. Le relief de cette section de l'itinéraire est plus varié que celui des sections inférieures. On rencontre de petites plateformes (inadaptées aux tentes), des îlots de neige, des fissures étroites, des dièdres, etc. Dans l'ensemble, cette section est comparable à la partie supérieure de l'itinéraire de G. Kherguiani sur l'Ouchba Sud. Après avoir parcouru environ trois longueurs de corde, nous atteignons une crête rocheuse. Encore 40 m d'escalade, et nous sommes sur la crête. La paroi est franchie ! La crête est enneigée et plane. Nous réparons la tente déchirée la nuit du 5 août et, à 21h30, nous nous installons pour la nuit. Pour la première fois en 15 jours, nous nous couchons dans une tente, sans être attachés aux cordes de sécurité (R41–R44).
Jour seize. 8 août 1976
Temps clair. Nous partons à 8h30. En contournant les surplombs de neige et de glace, tantôt à droite, tantôt à gauche, nous progressons le long de la crête en direction du sommet (R44–R45). La sécurité est assurée par des piolets et des pitons à glace. À 12h50, nous atteignons le sommet Ouest. Nous prenons connaissance d'un message laissé par des alpinistes lituaniens et, à 13h15, nous commençons la descente, d'abord vers le sud, puis le long de la crête enneigée de l'ouest (itinéraire 4A cat. dif.). Nous descendons sur le glacier à 18h00. Là, nous sommes attendus par le groupe d'observation qui nous apporte des vivres.
Deux heures plus tard, nous descendons au camp de base. Tableau des caractéristiques principales de l'itinéraire d'ascension : Centre du grand triangle de la paroi Nord du Djigit. Dénivelé : 1320 m, dont 1220 m de passage difficile, inclinaison moyenne : 79°.
| Date | Sections parcourues | Inclinaison moyenne | Longueur de la section (en longueur de corde) | Description de la section et conditions de passage | Catégorie de difficulté de la section | Moyen de progression et d'assurance | Conditions météorologiques | Heure de départ | Heure d'arrivée | Heures de marche | Pitons à roche | Pitons à glace | Pitons à expansion | Conditions de bivouac |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 24.07.1976 | R0–R1 | 90° | 7 | Paroi de glace verticale | 6 | Plateforme, échelles, assurance aux pitons | Bonne | 3:00 | 18:00 | 15 | – | 7 | – | Bivouac suspendu |
| R1–R2 | 65° | 120 | Paroi de glace | 5A | Crampons, assurance aux pitons | Chutes de neige | – | 12 | – | |||||
| 25.07.1976 | R2–R3 | 80° | 50 | Rochers solides, prises limitées | 5Б | Escalade difficile | Temps couvert | 12:00 | 19:00 | 7 | 10 | – | – | Bivouac suspendu |
| R3–R4 | 105° | 7 | Surplomb, rochers lisses | 6 | Sur plateforme, assurance aux pitons | Temps couvert | 11 | – | – | |||||
| R4–R5 | 90° | 15 | Rochers solides, prises limitées | 6 | Escalade très difficile. Sur plateforme, assurance aux pitons | Temps couvert | 7 | – | – | Ouverture de voie | ||||
| R5–R6 | 85° | 25 | Rochers monolithiques solides, prises limitées | 6 | Escalade difficile, échelle sur un point | Temps couvert | 12 | – | – | |||||
| R6–R7 | 90° | 20 | Rochers solides, monolithiques. Peu de prises | 6 | Escalade très difficile. Utilisation de plateforme et d'échelle | Temps couvert | 14 | – | – | |||||
| R7–R8 | 80° | 15 | Angle interne | 5Б | Escalade difficile | Brouillard. Le temps commence à se gâter | 3 | – | – | |||||
| R8–R9 | 95° | 10 | Paroi en surplomb, peu de prises | 6 | Escalade très difficile, échelles, plateformes | Brouillard, le temps se gâte | 7 | – | – | |||||
| R9–R10 | 80° | 5 | Paroi monolithique lisse, prises limitées | 5Б | Escalade très difficile | Le temps se gâte | 1 | – | – | |||||
| 26–28.07.1976 | ||||||||||||||
| 29.07.1976 | Le mauvais temps se dégage à 16h00 | 16:00 | 21:00 | 5 | Bivouac suspendu | |||||||||
| 30.07.1976 | R10–R11 | 115° | 8 | Surplomb, surface lisse, fissures fines | 6 | Escalade avec utilisation de points d'appui artificiels | Temps couvert | 13:00 | 20:00 | 7 | 11 | – | – | Bivouac suspendu |
| R11–R12 | 85° | 20 | Paroi monolithique, présence de larges fissures | 6 | Escalade très difficile, assurance aux pitons | Temps couvert | 6 | – | – | |||||
| R12–R13 | 90° | 7 | Rochers monolithiques, prises limitées | 6 | Escalade très difficile | Temps couvert | 3 | – | – | |||||
| R13–R14 | 100° | 5 | Paroi monolithique lisse au-dessus d'une plateforme | 6 | Plateforme, échelles | Temps couvert | 6 | – | – | |||||
| 31.07.1976 | R14–R15 | 85° | 22 | Plaques lisses, fissures remplies de glace | 6 | Escalade très difficile de front | Temps couvert, vent | 7:30 | 20:00 | 12,5 | 6 | – | – | Pour quatre — bivouac assis. Deux alpinistes ont atteint la section R10–R11 et organisé un bivouac suspendu |
| R15–R16 | 105° | 5 | Paroi lisse, peu de fissures pour les pitons | 6 | Plateforme, échelles | Temps variable, vent | 7 | – | 1 | |||||
| R16–R17 | 80° | 25 | Plaques lisses, très peu de prises | 6 | Escalade très difficile, échelles | Mauvais temps | 7 | – | – | |||||
| R17–R18 | 85° | 15 | Plaque avec petites prises | 5Б | Escalade difficile | Temps couvert | 4 | – | – | |||||
| R18–R19 | 90° | 8 | Plaques lisses | 6 | Escalade très difficile, échelles | Temps couvert | 4 | – | – | |||||
| R19–R20 | 85° | 15 | Plaques lisses | 6 | Escalade très difficile, échelles | Le temps se dégrade, vent | 6 | – | – | |||||
| R20–R21 | 100° | 6 | Rochers monolithiques | 6 | Échelle, plateforme | Le vent se renforce | 9 | – | – | |||||
| R21–R22 | 85° | 15 | Rochers solides, monolithiques, prises limitées | 5Б | Escalade moyenne | Vent, temps couvert | 4 | – | 1 | |||||
| R22–R23 | 45° | 5 | Plateforme recouverte de glace | 4А | Escalade difficile | Vent, temps couvert | 1 | – | – | |||||
| R23–R24 | 70° | 15 | Rochers avec prises | 5Б | Escalade difficile | Vent, le ciel se dégage | 3 | – | – | |||||
| 01.08.1976 | R24–R25 | 90° | 12 | Rochers recouverts d'une fine couche de glace | 5Б | Escalade difficile, échelles | Vent, temps couvert | 11:30 | 15:00 | 3,5 | 8 | – | – | Pour quatre — bivouac assis, pour deux — suspendu |
| R25–R26 | 75° | 15 | Paroi rocheuse avec prises | 5Б | Escalade difficile | Le vent faiblit | 3 | – | – | |||||
| R26–R27 | 90° | 5 | Paroi rocheuse verglacée | 5Б | Escalade difficile | Vent, temps couvert | 2 | – | – | |||||
| 02.08.1976 | R27–R28 | 65° | 120 | Pente de glace avec îlots rocheux | 5Б | Crampons, échelles | Temps clair, vent faible | 11:00 | 20:00 | 9 | 7 | 14 | – | Pour quatre — bivouac suspendu, pour deux — assis |
| 03.08.1976 | R28–R29 | 70° | 40 | Verglas, îlots rocheux sur la pente de glace | 5Б | Crampons | Temps couvert, vent | 9:00 | 20:00 | 11 | 3 |
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