Ch. Valikhanova

Le sommet "Bezymyannaya" (4200 m) se situe dans une crête latérale qui part de la crête principale du Zailiyskiy Alatau, entre les sommets de Suleyman Stal'skiy et d'OPTÉ, au nord-est en direction du lac Shokal'skiy. Les pentes nord du sommet sont recouvertes de glace avec des affleurements rocheux, tandis que les pentes sud sont des murs rocheux escarpés et des contreforts séparés par des couloirs (photo n° 1).

L'approche du sommet depuis le camp "Talgar" se fait jusqu'à la clairière verte sous le lac Kroshka, puis le long de la moraine du lac Shokal'skiy ; on atteint le début de la crête où l'on organise une nuitée.

Temps d'approche : 4 à 5 heures.

Description de l'itinéraire d'ascension

Le chemin d'ascension mène à la crête nord-est. L'accès à la crête se fait par le troisième couloir descendant de la pente nord, en direction d'un doigt rocheux caractéristique ayant la forme fantaisiste de la tête d'une idole Aku-Aku de l'île de Rapa Nui, décrite par Thor Heyerdahl.

Partie inférieure du couloir :

  • enneigée
  • large

Partie supérieure du couloir :

  • rochers dégradés
  • difficulté moyenne

Longueur du chemin jusqu'à la sortie sur la crête : 130 à 150 m.

Caractéristiques du chemin le long de la crête :

  • rochers dégradés
  • nécessité d'une attention exceptionnelle

Après avoir rejoint l'itinéraire principal, les 30 premiers mètres se font directement le long de la crête avec assurance à travers des saillies rocheuses ; ensuite, il faut traverser vers la gauche sur des corniches. D'abord pas très difficiles, elles deviennent progressivement étroites, interrompues par des failles, et montent vers la droite jusqu'au pied du premier grand "gendarme".

Premier "gendarme" :

  • Est gravi de front par des parois escarpées et un angle interne
  • Assurance - via des pitons rocheux
  • Hauteur de la montée - 120 à 130 m
  • Nombre de pitons nécessaires - 10 à 11

La liaison entre le premier et le deuxième "gendarme" est enneigée et large (photo n° 3). Il est possible d'y organiser une bonne nuitée.

Le chemin vers la base du deuxième "gendarme" se fait le long d'une crête enneigée, d'abord abruptement vers le haut, puis prenant une direction horizontale.

Le chemin vers le deuxième "gendarme" se fait d'abord vers la gauche sur la longueur d'une corde, puis tourne brusquement vers la droite dans un angle interne par lequel on accède à la crête. Enfonçant un piton, on se déplace le long de la crête et on traverse vers la droite sur la paroi, en la traversant sur 40 à 50 m jusqu'à la liaison avec la base du 3e "gendarme". Là, un piton est enfoncé dans la dalle et on commence la descente sous la liaison, vers une large crevasse. Par la crevasse, en enfonçant deux pitons, on accède à la "cheville" entre le troisième et le quatrième "gendarme".

En atteignant la "cheville", on se retrouve au quatrième "gendarme" - "l'arête". C'est une crête escarpée, si aiguë qu'on ne peut s'y déplacer qu'à califourchon (photo n° 4). Des deux côtés, elle est bordée de murs à pic de 300 à 400 m de profondeur, et la progression y est donc compliquée par le risque de perdre l'équilibre.

Après avoir franchi "l'arête", on descend sur une petite plateforme à gauche, surplombant le précipice de la pente sud. Là, sur la plateforme, est érigé le deuxième cairn de contrôle. Le premier cairn de contrôle se trouve au sommet du premier "gendarme". Depuis la plateforme, en avançant de 4 m sur une corniche, on descend 3 à 4 m plus bas et on traverse jusqu'à un doigt rocheux pointu sur la crête. Le doigt est contourné par la droite.

Pour l'assurance sur ce secteur, trois pitons sont nécessaires.

Le chemin ultérieur se fait le long de dalles où il y a beaucoup de pierres branlantes. Les dalles cèdent la place à une crête rocheuse qui, progressivement, devient une paroi. On la franchit avec assurance par pitons et on s'approche de la crête menant au cinquième "gendarme". La crête est étroite, coupée de fréquentes failles, et nécessite une assurance attentive.

Le cinquième "gendarme" est une dalle noire escarpée haute de 30 m. La montée se fait vers la gauche en montant. Le danger est aggravé par le fait que la paroi surplombe la pente sud et présente un dévers, de sorte qu'en cas de chute, l'alpiniste se retrouve suspendu au piton dans les airs. Pour assurer la sécurité, il faut donc enfoncer au moins 4 pitons rocheux.

Le long d'une crête simple, on s'approche de la base du sixième "gendarme". Il est franchi par la droite le long de la paroi (photo n° 5). Ici, on laisse une boucle de corde et on descend en rappel sur toute la longueur de la corde jusqu'à la liaison. La liaison est large ; là, sous la base de la roche, se trouve un petit lac.

Le chemin ultérieur se fait le long d'une pente enneigée escarpée, puis le long d'une crête enneigée vers le groupe suivant de "gendarme". La pente enneigée est sujette aux avalanches, il faut donc monter strictement à la verticale, sans dévier à droite ni à gauche sur les pentes latérales du sommet.

Le chemin depuis la sortie sur la crête sous la base du septième "gendarme" prend 8 à 10 heures de travail difficile. La grande charge psychologique lors du travail sur de grands à-pics épuise fortement le système nerveux. Il n'est donc pas recommandé d'organiser une nuitée ici sur la partie en pente douce de la crête enneigée.

Les septième et huitième "gendarme" sont franchis par la gauche le long de rochers moyens.

Le long de la crête, on s'approche du neuvième "gendarme", qui est gravi de front le long de la paroi rocheuse avec assurance par pitons.

Une longue crête étroite avec une légère baisse mène au dixième "gendarme".

Le dixième "gendarme" surplombe la liaison d'un énorme surplomb rocheux. Ce surplomb forme un auvent au-dessus des pentes de la crête.

Le contournement par la gauche est impossible : des parois rocheuses verticales sans corniches descendent sur 200 m.

Par la droite, il y a une étroite terrasse sous le surplomb rocheux. La terrasse est recouverte de glace de regel. En grattant des prises avec la pioche, on rampe le long de la terrasse sur 18 à 20 m (photo n° 6).

Ici, on enfonce 3 pitons rocheux. Ensuite, le surplomb se termine, et on peut sortir en taillant des marches dans la glace avec assurance par deux pitons à glace vers la gauche le long de la pente glacée formant le piédestal du "gendarme".

Quinze mètres de chemin nous amènent sur une plateforme rocheuse située sur la paroi du "gendarme". Plus à gauche, il y a un couloir glacé qui, dans sa partie supérieure, se transforme en une paroi rocheuse. De la paroi s'écoule de l'eau. Pour franchir le couloir, il faut :

  • deux pitons à glace
  • trois pitons rocheux

Par le couloir, on accède à la liaison entre le dixième et le onzième "gendarme". Au sommet du dixième "gendarme" est érigé un cairn de contrôle.

Le onzième "gendarme" - une élévation peu marquée de la crête - est franchi par le haut le long de rochers faciles.

Le chemin ultérieur vers le sommet se fait le long d'une étroite crête enneigée longue de 100 m jusqu'à la base de la tour sommitale. La tour sommitale repose sur un piédestal rocheux et glacé. Le sommet est une aiguille rocheuse haute de 10 m, complètement à pic, avec une petite plateforme au sommet.

Pour l'assurance lors de la sortie au sommet, il faut :

  • deux pitons rocheux.

(photo n° 7)

Le groupe a atteint le sommet le 5 août 1958.

Le chemin depuis le septième "gendarme" jusqu'au sommet prend 6 à 7 heures de travail rocheux et glacé.

Pour la descente du sommet, il faut :

  • revenir en arrière le long de la crête sur 50 à 60 m ;
  • descendre au sud-est en direction du col OPTÉ dans le cirque du glacier Shokal'skiy par un large couloir neigeux et glacé avec une inclinaison de 35 à 40° ;
  • organiser l'assurance par pitons à glace dans la partie supérieure et par piolet dans la partie inférieure ;
  • effectuer une descente longue de 500 à 600 m sur le champ de névé du glacier Shokal'skiy.

La partie supérieure du glacier Shokal'skiy est parsemée de nombreuses crevasses. Il faut donc progresser avec une assurance soigneuse jusqu'à la sortie sur la partie plane du glacier, presque à la fin de la crête décrite.

Temps de descente du sommet au bivouac au pied de la crête : 3 à 3,5 heures.

Conclusions

  1. Étant le point culminant d'une crête latérale indépendante, le sommet Bezymyannaya constitue un pic tout à fait isolé, correspondant aux critères d'un objet alpin. La hauteur du sommet est de 4200 à 4250 m.
  2. La crête nord-est est un chemin tout à fait logique vers le sommet. Les pentes escarpées de la crête excluent toute possibilité de contournement.
  3. Le chemin vers le sommet et la descente prennent 17 à 18 heures de travail difficile, nécessitant l'application de toute la technique alpine. Sur la crête, il faut organiser une nuitée intermédiaire.
  4. Sur la base de ce qui précède, le groupe considère que cet itinéraire doit être classé en catégorie 4B.
  5. Le groupe demande de donner à ce sommet le nom de "CHOKAN VALIKHANOV", en l'honneur du premier scientifique kazakh.

Chef de groupe - maître de sport de l'URSS (Shumikhin), 1958.

Participants :

  • (Mansurov)
  • (Zh. Kuznetsov)
  • (Kolodin)
  • (V. Zhuk)

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Schéma de l'itinéraire

  • lieux de nuitée.img-1.jpeg

Premiers ascensionnistes : (en partant de la gauche) V. Kolodin, P. Shumikhin, V. Zhuk, F. Mansurov, A. Kuznetsov.

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Photo n°1

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Fichiers joints

Sources

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