À la Commission de classification de la Fédération d'alpinisme de l'URSS
RAPPORT
sur la première ascension de la cime de Sofroudjou par la paroi sud les 27-29 juillet 1972
I. Composition du groupe :
Gubanov I. D. — chef de groupe, CMS, instructeur principal du CSP de la région de Dombay, s/p, DSO "Bourevestnik", station de Dombay.
Prima I. V. — participant, CMS, instructeur-radio du CSP de la région de Dombay, s/p, DSO "Bourevestnik", station de Dombay.
Khamtsov A. P. — participant, 1ère catégorie, jeune instructeur, s/p, DSO "Bourevestnik", station de Dombay, employé de l'a/l "Alibek".
Groupe d'appui dirigé par le CMS Vorobiov D. G., itinéraire parallèle sur la cime principale d'Amanaouze par la paroi sud, catégorie de difficulté 5B.
II. Aperçu alpinistico-géographique du massif de Sofroudjou.
Le massif de Sofroudjou se situe dans une section de la chaîne principale du Caucase entre les cols de Sofroudjou et d'Amanaouze et comporte deux cimes clairement définies : nord et sud. La partie sommitale du massif est constituée d'un glacier de couverture qui s'écoule vers le nord, l'ouest et l'est. Au sud, dans le cirque du glacier sud d'Amanaouze, la cime est interrompue par des parois abruptes (voir annexe : carte schématique et photographies). Sur la cime de Sofroudjou (3785 m) existent des itinéraires :
- Depuis le glacier de Sofroudjou, catégorie de difficulté 1B, neige et glace.
- Depuis le col d'Amanaouze, catégorie de difficulté 2B, combiné.
Ces deux itinéraires sont très populaires dans la région de Dombay pour la formation des alpinistes débutants et des titulaires du badge. Jusqu'à récemment, il n'y avait pas d'itinéraires sur les parois sud du massif de Sofroudjou. Depuis 1956, il existe un itinéraire depuis le cirque sud vers la cime principale d'Amanaouze, catégorie de difficulté 5B (premiers de cordée : groupe de G. Djaparidze et B. Romanov).
Les parois sud d'Amanaouze sont similaires à celles de Sofroudjou, mais ces dernières sont plus longues. Notre groupe s'est donné pour tâche de commencer l'exploration des parois sud du massif de Sofroudjou, qui ne sont pas moins difficiles que celles d'Amanaouze. En 1967, le chef de groupe Gubanov a observé ces parois depuis la crête latérale d'Abkhazie.
En 1971, I. Gubanov et le participant du groupe I. Prima, réalisant l'ascension de la cime principale d'Amanaouze par la paroi sud, catégorie de difficulté 5B, ont précisé les itinéraires possibles depuis le sud vers la cime de Sofroudjou. Nous avons renoncé à gravir la paroi qui mène directement à la cime de Sofroudjou et nous ne recommandons pas cet itinéraire à d'autres alpinistes, car cette paroi est très dégradée et dangereuse en raison des chutes de pierres ; de plus, elle présente un intérêt sportif moindre en raison d'une pente insuffisante (voir photo n° 1 annexée).
Nous avons tracé l'itinéraire vers l'épaule sud-ouest de la cime de Sofroudjou (alt. 3700 m), en choisissant le chemin le plus logique et le plus sûr sur ces parois (voir photographie).
III. Réalisation de l'ascension.
27 juillet 1972. Jour d'approche.
Départ très matinal de la clairière de Dombay et approche du col d'Amanaouze (3400 m). Après un repos, descente du col et approche de la paroi de Sofroudjou. Organisation du bivouac sur la moraine herbeuse au pied de la paroi. Observation de la paroi. 14 à 15 heures de travail. Temps excellent au début, pluie en fin de journée.
28 juillet 1972. Jour d'ascension.
Départ matinal sur la paroi et progression dans la partie inférieure de la paroi (sections n° 1 et n° 2). Organisation du bivouac sur la paroi. 9 heures de travail. Temps bon au début, puis grêle et neige après-midi.
29 juillet 1972. Jour d'ascension.
Départ relativement matinal (roches froides) du bivouac sur la paroi, progression dans le reste de la paroi (sections n° 3 et n° 4), sortie sur la cime (section n° 5) et descente de la cime de Sofroudjou par l'itinéraire de catégorie de difficulté 1B jusqu'au bivouac supérieur de Sofroudjou. 10 à 12 heures de travail. Temps excellent toute la journée. Sur l'épaule sud-ouest de la cime de Sofroudjou, une note de 1945 du groupe de Zheldorproekt NKVD dirigé par l'instructeur d'alpinisme senior Tchassovnikov a été retrouvée.
IV. Assurance de la sécurité.
Étant donné que l'ascension a été réalisée par une seule cordée (de trois), le groupe a maintenu une liaison radio (selon le calendrier du CSP) avec le groupe d'appui (dirigé par Vorobiov D. G.). Le groupe d'appui avait à son tour une liaison avec ses observateurs (sur le col d'Amanaouze), et les observateurs avec le CSP de la région de Dombay. Pour doubler la liaison radio, des fusées éclairantes étaient disponibles. Les particularités de l'organisation et de la tactique de l'ascension comprennent : la progression sur double corde (le milieu de la cordée avec nœud de sécurité), l'allègement du sac de celui qui ouvre la voie et le tirage des sacs sur les passages difficiles.
V. Description de l'itinéraire.
Jusqu'au col d'Amanaouze — selon le livre de F. Kropf "Caucase occidental". Depuis le col d'Amanaouze — à droite — en montée le long de la crête jusqu'à un petit plateau de névé sous l'élévation de la crête vers la cime de Sofroudjou (itinéraire de catégorie de difficulté 2B) — 15 à 20 minutes.
Depuis le plateau — droit — en descente le long de la partie gauche (dans le sens de la marche) d'un large couloir rocheux (neige au début de l'été), en utilisant des étagères avec éboulis. Dans la partie inférieure, le couloir devient plus abrupt. Jusqu'aux dalles et le long des dalles, 30 m. Descente en rappel — sur le glacier sud d'Amanaouze. Le long du glacier, à gauche — en descente, sous les parois d'Amanaouze — vers une longue moraine bien visible d'en haut. Depuis la moraine, l'itinéraire sur la cime de Sofroudjou par la paroi sud est visible (de profil). Le long de la crête de la moraine — en descente, jusqu'au niveau du bas des parois sud de Sofroudjou, puis traversée à droite dans le sens de la marche sur herbe et "têtes de mouton" avec éboulis (chutes de glace d'en haut) — vers un contrefort rocheux et herbeux, peu marqué, de la paroi sud de Sofroudjou. Sous le contrefort, sur une ancienne moraine envahie d'herbe — emplacement pour bivouac, eau. Section : col d'Amanaouze — base de la paroi — 2 à 3 heures.
Remarque : L'itinéraire est sans eau dans la seconde moitié de l'été ; il faut emporter une réserve d'eau.
Début de l'itinéraire : le long de la partie gauche du contrefort, à gauche — en montée, 300 m sur des roches de difficulté moyenne (type "têtes de mouton" avec herbe), assurance aux pitons — jusqu'à un large couloir venant d'une combe sur la paroi. Sans entrer dans le couloir (dangereux en raison des chutes de pierres) — à droite de celui-ci (dans le sens de la marche) — à droite — en montée. Des étagères herbeuses et des roches de difficulté moyenne alternent avec plusieurs courtes (5 à 10 m) parois difficiles, qui sont franchies avec assurance aux pitons. 7 à 8 cordées avec assurance alternée jusqu'à la partie moins abrupte du contrefort. Au début de la partie moins abrupte — emplacement pour bivouac. Depuis le bas des parois, 7 à 8 heures, pas d'eau.
Depuis le bivouac, le long de la partie peu abrupte du contrefort : roches herbeuses — faciles et de difficulté moyenne, progression simultanée, environ 400 m. À la fin — sortie sur une selle où le contrefort disparaît et se fond dans la paroi. Depuis le bivouac, 1,5 à 2 heures. À moins d'une cordée de la selle : emplacement possible pour bivouac. (Il est dangereux de bivouaquer sur la selle : risque de chutes de pierres depuis la paroi.) À côté, dans la combe, eau jusqu'à la mi-été. Sur la selle — cairn de contrôle.
Depuis la selle — droit en montée, 30 m (roches moyennes) — puis 30 m à gauche — en montée (roches difficiles avec assurance aux pitons) — sur une étagère. Depuis l'étagère, à gauche — en montée, 20 m sur des dalles lisses, puis 10 m sur des roches très difficiles (pitons) — droit en montée et sortie (encore 10 m) sur une autre étagère (en gradins). Depuis l'étagère — à droite en montée dans un angle interne (roches de difficulté supérieure à la moyenne, pitons), à la fin duquel se trouve une étagère pour l'assurance. La cinquième cordée est la plus difficile : le long de dalles abruptes (pitons), puis le long d'un angle interne abrupt (pitons), à partir duquel une traversée de 4 à 5 m sur une paroi monolithique lisse et abrupte sous un surplomb (contournement du surplomb, 2 à 3 pitons) et sortie sur un angle externe, le long du côté droit duquel — en montée sur une étagère sous une large fissure. Les sacs sont tirés. Sixième cordée — le long de l'angle interne à droite — en montée, sur une étagère dans un autre angle interne (pitons). Septième cordée : depuis l'étagère, à gauche — en montée, 10 m le long de l'angle interne, puis traversée difficile à droite, 3 à 4 m sur un angle externe, et derrière — 20 m à droite — en montée sur des roches difficiles (dalles lisses, pitons, sacs tirés), sortie sur une étagère inconfortable (inclinée et lisse) sous une paroi abrupte (assurance aux pitons). Puis deux cordées à droite en montée, en contournant la paroi abrupte par une longue et large étagère inclinée. Assurance aux pitons. Dixième cordée — en montée le long de l'angle interne, roches de difficulté moyenne avec assurance aux pitons, mène à ce que l'on appelle le "toit" — un net aplanissement au-dessus de la paroi. Emplacements pour bivouac, eau. Depuis la selle sous la paroi — 8 à 10 heures. La partie peu abrupte (au-dessus de la paroi) est parcourue en 1,5 à 2 heures, elle est très dégradée, progression simultanée, à l'exception de quelques courtes parois. Constitue un système de crêtes et de couloirs dégradés. Direction générale de la progression — à gauche — en montée (dans le sens de la marche).
Sortie sur l'épaule sud-ouest de la cime de Sofroudjou (cairn, note). Depuis l'épaule — sur la cime principale de Sofroudjou, à droite — en montée dans le sens de la marche, le long de la ligne de jonction du glacier de couverture nord avec les parois sud. Le chemin est facile, mais il y a des crevasses. La montée finale sur Sofroudjou peut être faite de front (roches dégradées), ou en passant loin à gauche, en montant par l'itinéraire de catégorie de difficulté 1B. Depuis l'épaule sud-ouest, 1 à 1,5 heure. Descente par l'itinéraire de catégorie de difficulté 1B.
VI. Recommandations aux alpinistes.
- Nombre de participants dans le groupe — 4 à 5 personnes.
- Meilleure période pour l'ascension — juillet-août.
- Bivouac initial — sous la base du contrefort de la paroi.
- Heure de départ du bivouac — 5h00.
- Équipement spécial (pour un groupe de 4 personnes) :
- Corde principale — 3 × 40 m.
- Pitons rocheux — 25 à 30 pièces.
- Mousquetons — 15 à 20 pièces.
- Marteaux — 2 pièces.
- Échelles — 2 pièces.
- Chaussures "Vibram" ou galoches — 1 paire. Dans la seconde moitié de l'été, crampons et pitons à glace nécessaires pour la sortie sur le col d'Amanaouze.
- Dans la seconde moitié de l'été, réserve d'eau nécessaire pour l'itinéraire.
VII. Caractéristiques de l'itinéraire.
Section n° 1 (partie abrupte du contrefort) — rocheuse, assez difficile. Longueur — 600 m. Pente moyenne 50°-55°. Roches assez solides, micro-relief riche, nombreuses fissures pour les pitons. Présence de petites zones dégradées et de "pierres vivantes". Les roches se caractérisent par une alternance d'étagères herbeuses inclinées avec de courtes parois abruptes. Particularité de cette section : par endroits, les roches sont fortement envahies d'herbe, ce qui les rend très inconfortables par mauvais temps. Nombreux emplacements pour l'assurance. Progression presque constamment avec assurance alternée. Assurance principalement aux pitons, ainsi que sur les saillies. Différents pitons rocheux ont été plantés, 15 à 20 pièces. Possibilité de trouver des emplacements pour bivouac.
Section n° 2 (partie peu abrupte du contrefort) — rocheuse, facile, simple. Longueur — 400 m. Pente moyenne 40°. Roches herbeuses, peu solides, micro-relief pauvre. Crête peu marquée. Progression principalement simultanée, assurance sur les saillies. Pas de pitons plantés. Possibilité de trouver des emplacements pour bivouac. Dans la partie supérieure de la section, l'herbe disparaît, emplacement pour bivouac et cairn de contrôle.
Section n° 3 (paroi abrupte) — rocheuse, difficile (par endroits très difficile), techniquement complexe. Longueur — 300 m. Pente moyenne 70°-75°. Roches sans herbe, solides (parfois très monolithiques), parfois lisses, imbriquées. Micro-relief assez développé (étagères, angles internes et externes, dalles, fissures). Fissures pour les pitons peu nombreuses, mais suffisantes pour l'organisation de l'assurance. "Pierres vivantes" présentes uniquement sur les étagères. Progression uniquement alternée. Assurance presque entièrement aux pitons. Pitons rocheux (différents) plantés, 25 à 30 pièces. Pas d'emplacements pour tente.
Section n° 4 ("toit", dôme rocheux et neigeux) — combiné, de difficulté moyenne, techniquement simple. Longueur 400 à 500 m. Pente moyenne 30°-40°. Roches très dégradées, par endroits éboulis sur roches, présence de petites zones de neige et de glace (davantage au début de la saison). Nombreuses "pierres vivantes". Progression principalement simultanée, corde en anneaux. Par endroits — alternée, assurance sur les saillies. Pas de pitons plantés. Présence d'emplacements pour bivouac et: sortie sur l'épaule de la cime et note dans le cairn.
Section n° 5 (crête sommitale) — neige et névé, facile, simple. Longueur — au moins 500 m. Pente moyenne — pratiquement horizontale, à l'exception de la montée finale. Crête neigeuse large, limitée à droite (dans le sens de la marche) par des parois, à gauche, elle se fond dans la pente. Progression simultanée. Pas de pitons plantés. Possibilité de bivouac pratiquement partout.
Dans l'ensemble, l'itinéraire vers la cime de Sofroudjou est rocheux et combiné, long (dénivelé d'environ 1000 m en vertical — mesuré avec un altimètre), difficile et assez techniquement complexe.
Tous les participants à la première ascension l'ont évalué en catégorie de difficulté 5B.
Remarque : La longueur des sections et leur pente sont données approximativement. Le groupe a utilisé une corde de 2 × 30 m.
VIII. Annexes.
- PHOTO n° 1 (Parois sud de la cime de Sofroudjou avec le col d'Amanaouze et le cirque sud d'Amanaouze, ainsi qu'une partie du glacier de Djessar et de la crête d'Amanaouze). Prise en octobre 1965 depuis la crête d'Abkhazie par le détachement sud de l'expédition de Dombay de la faculté de géographie de l'Université d'État de Moscou, à l'aide d'un photothéodolite. La photo a été prise après une chute de neige, elle donne donc une représentation claire du relief de la paroi. C'est la seule bonne photo de la paroi sud de Sofroudjou dont dispose le groupe ; pour obtenir des clichés similaires, il faudrait organiser une petite expédition sur la crête d'Abkhazie, ce que le groupe n'a ni le temps ni les moyens de faire.
- PHOTO n° 2. Itinéraire sur la paroi sud de la cime de Sofroudjou en demi-profil, cliché pris par les membres du groupe depuis la crête d'Amanaouze lors de l'ascension de la cime principale d'Amanaouze par la paroi sud en juillet 1971.
- CARTE SCHÉMATIQUE de la région de Sofroudjou — Amanaouze.
Sur les deux photographies et sur la carte schématique, le chemin d'approche est indiqué par des hachures, l'itinéraire par un pointillé, les bivouacs du groupe par des triangles, et les emplacements des cairns de contrôle par des jalons.

Légende de la carte schématique :
- Chemin d'approche (ligne en tirets)
- Bivouacs du groupe (triangles)
- Emplacements de bivouac de masse (losanges)
- En noir — crêtes
- En bleu — glaciers
- Cimes (cercles avec inscriptions) :
- S. Amanaouze
- Nœud d'Amanaouze
- p. S.-O. d'Amanaouze
- G. Amanaouze
- Belala-Kaïa
- Dent de Sofroudjou
- p. Amanaouze
- Sup. S. Sofroudjou
- Inf. N. Sofroudjou
- p. Sofroudjin
- Arrière Belala-Kaïa
- p. Belalakay
- Pic de Djessar
- Tchkalta Dzyg-Bachi
- Pic du komsomol d'Autriche
Chef de groupe : Gubanov I. D. Participants : Prima I. V., Khamtsov A. P.
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